Itaëll
n'est pas de le transformer en vaincu, mais en ami.
Aiwë continua à courir. Le passage, aux parois maintenant lisses comme
du marbre, faisait deux mètres de haut pour un mètre de large et les mousses phosphorescentes dégageaient
assez de lumière pour ne laisser que quelques rares coins d'ombres.
Subitement, la jeune fille déboucha dans une vaste caverne et
stoppa aussitôt.
Bien que toujours éclairée, la caverne restait très sombre.
Pourtant, Aiwë distingua et reconnut sans peine la silhouette qui s'élevait
dans les airs. Le long d'une paroi, Itaëll lévitait et allait attendre une
corniche à quatre mètres du sol sur laquelle continuait le chemin.
"Oh, mon dieu…" souffla la jeune fille. "Mais c'est
quoi ce mec ?"
Dans les airs, Itaëll arrêta sa montée.
Le jeune homme se retourna vivement.
"Oh, c'est pas vrai ! 'Tain Aiwë, comment tu fais ça ? T'en
as pas eu assez ?
- Pas eu assez ? Hein ? " balbutia-t-elle alors
qu'Itaëll redescendait rapidement.
- Oui ! Oui ! L'autre soir où tu m'as vu !
- Je t'ai vu ? Où ?" murmura-t-elle, complètement sous le
choc.
- Tu t'en rappelles pas ? Ah, ça c'est bien ! Vu que t'étais là,
j'ai cru que ça avait pas marché. Enfin, ça a pas du t’enl… » Il
s’interrompit et reprit son visage habituel, fermé, avant de murmurer pour
soi-même. « Tant pis. C’est pas ça l’important. Mince ! Ca va être plus
compliqué cette fois… Qu'est-ce que j'fais ? J'peux pas la laisser s'évanouir
ici quand même… Et pour la ramener chez elle ? Esg est encore à quatre
kilomètres, je vais pas l'y amener quand même… A moins que…
- Hum ?" Aiwë releva vivement la tête, se décidant enfin à
réagir. "Attends deux secondes ! Tu comptes faire quôa de moi là ? Tu veux
me faire tomber dans les pommes et me ramener chez moi ? Rien que ça, t'es sûr
? Non, parce que je voulais juste dire en passant que j'étais pas trop
d'accord…
- Mais p'tain Aiwë, t'as pas l'choix ! Je peux pas te laisser voir
Es… Heu, j'peux pas t'autoriser à aller plus loin et j'peux même pas te laisser
te souvenir." Il s'interrompit brusquement. "Comment tu as fait ?
- Comment j'ai fais quoi ?
- Comment t'as fais pour dépasser Feyio ?" s'énerva le jeune
homme.
- Heu… j'sais pas moi, j'ai rencontré personne…
Itaëll se prit le front entre les mains et s’exclama :
« J’y crois pas. Et en plus, elle est bête ! …
Bon… On se calme… Elle sait rien… c’est normal… C’est pas grave… »
Alors que le jeune homme se taisait, semblant réfléchir
intensément, Aiwë regarda autour d’elle. La grotte dans laquelle elle était
arrivée semblait plus spacieuse qu’à première vue. Elle devait bien mesurer
cent mètres de long et les parois semblaient là aussi bien nettes, quoique
possédant tout de même nombre d’anfractuosités et de recoins sombres. La lueur
diffuse que procuraient les mousses ne permettaient pas à Aiwë de se
dissimuler. Derrière elle, le passage remontait à la surface. Aurait-elle le
temps d’y arriver avant qu’Itaëll ne la rattrape ? Pourrait-elle y
arriver ? Ca semblait juste. Mais… le jeune homme avait l’air dérangé. Il
avait des pouvoirs, soit. Mais il était aussi fou.
« Bon… Je v… » Itaëll releva les yeux vers Aiwë. S’enfuir.
Vite !
Sans prendre le temps de réfléchir plus longtemps, la jeune
fille fit volte-face et s’élança aussi vite qu’elle le pouvait. Elle entendit
un « merde ! » puis un bruit de course derrière elle et accéléra
encore l’allure. Flûte, elle n’avait pas totalement récupéré depuis tout à
l’heure. Les escaliers. Marche ! Deuxième marche ! Troisième
marche ! Ne te casse pas la figure, ne te casse pas la figure. Cours, il y
aura quelqu’un dehors. Dépêche-toi.
Derrière elle, Itaëll trébucha et jura. Dépêche-toi,
dépêche-toi, tu peux le faire ! Mais l’obscurité régnait dans ce
passage, les mousses n’existaient pas encore et, si Itaëll connaissait
parfaitement le tracé et les virages que suivait le chemin, Aiwë, elle, ne les
connaissait pas et failli rentrer dans une paroi plusieurs fois. Dépêche-toi,
il te rattrape !
Lorsqu’elle vit apparaître la lueur du jour après un
détour, la jeune fille se sentit soulagée. Curieusement, elle pensait qu’une
fois dehors, tout irait mieux. Mais une main la retint violemment et la fit se
retourner.
Aiwë n’eut que le temps de voir deux yeux mauves scintiller dans
l’obscurité et une main se poser sur son front avant de sombrer à nouveau dans
l’inconscience.
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