Itaëll

 

Chapitre 7 : Confrontation

 

 

« La plus grande victoire qu'on puisse remporter contre un ennemi

n'est pas de le transformer en vaincu, mais en ami.

Hélas! rarement l'humanité connaît une pareille gloire. »

 

 

Aiwë continua à courir. Le passage, aux parois maintenant lisses comme du marbre, faisait deux mètres de haut pour un mètre de large et  les mousses phosphorescentes dégageaient assez de lumière pour ne laisser que quelques rares coins d'ombres.

 

Subitement, la jeune fille déboucha dans une vaste caverne et stoppa aussitôt.

Bien que toujours éclairée, la caverne restait très sombre. Pourtant, Aiwë distingua et reconnut sans peine la silhouette qui s'élevait dans les airs. Le long d'une paroi, Itaëll lévitait et allait attendre une corniche à quatre mètres du sol sur laquelle continuait le chemin.

 

"Oh, mon dieu…" souffla la jeune fille. "Mais c'est quoi ce mec ?"

 

Dans les airs, Itaëll arrêta sa montée.

 

Merde, j'ai pensé trop fort…

 

Le jeune homme se retourna vivement.

 

"Oh, c'est pas vrai ! 'Tain Aiwë, comment tu fais ça ? T'en as pas eu assez ?

- Pas eu assez ? Hein ? " balbutia-t-elle alors qu'Itaëll redescendait rapidement.

- Oui ! Oui ! L'autre soir où tu m'as vu !

- Je t'ai vu ? Où ?" murmura-t-elle, complètement sous le choc.

- Tu t'en rappelles pas ? Ah, ça c'est bien ! Vu que t'étais là, j'ai cru que ça avait pas marché. Enfin, ça a pas du t’enl… » Il s’interrompit et reprit son visage habituel, fermé, avant de murmurer pour soi-même. « Tant pis. C’est pas ça l’important. Mince ! Ca va être plus compliqué cette fois… Qu'est-ce que j'fais ? J'peux pas la laisser s'évanouir ici quand même… Et pour la ramener chez elle ? Esg est encore à quatre kilomètres, je vais pas l'y amener quand même… A moins que…

- Hum ?" Aiwë releva vivement la tête, se décidant enfin à réagir. "Attends deux secondes ! Tu comptes faire quôa de moi là ? Tu veux me faire tomber dans les pommes et me ramener chez moi ? Rien que ça, t'es sûr ? Non, parce que je voulais juste dire en passant que j'étais pas trop d'accord…

- Mais p'tain Aiwë, t'as pas l'choix ! Je peux pas te laisser voir Es… Heu, j'peux pas t'autoriser à aller plus loin et j'peux même pas te laisser te souvenir." Il s'interrompit brusquement. "Comment tu as fait ?

- Comment j'ai fais quoi ?

- Comment t'as fais pour dépasser Feyio ?" s'énerva le jeune homme.

- Heu… j'sais pas moi, j'ai rencontré personne…

 

Itaëll se prit le front entre les mains et s’exclama :

« J’y crois pas. Et en plus, elle est bête ! … Bon… On se calme… Elle sait rien… c’est normal… C’est pas grave… »

Alors que le jeune homme se taisait, semblant réfléchir intensément, Aiwë regarda autour d’elle. La grotte dans laquelle elle était arrivée semblait plus spacieuse qu’à première vue. Elle devait bien mesurer cent mètres de long et les parois semblaient là aussi bien nettes, quoique possédant tout de même nombre d’anfractuosités et de recoins sombres. La lueur diffuse que procuraient les mousses ne permettaient pas à Aiwë de se dissimuler. Derrière elle, le passage remontait à la surface. Aurait-elle le temps d’y arriver avant qu’Itaëll ne la rattrape ? Pourrait-elle y arriver ? Ca semblait juste. Mais… le jeune homme avait l’air dérangé. Il avait des pouvoirs, soit. Mais il était aussi fou.

« Bon… Je v… » Itaëll releva les yeux vers Aiwë. S’enfuir. Vite !

 

Sans prendre le temps de réfléchir plus longtemps, la jeune fille fit volte-face et s’élança aussi vite qu’elle le pouvait. Elle entendit un « merde ! » puis un bruit de course derrière elle et accéléra encore l’allure. Flûte, elle n’avait pas totalement récupéré depuis tout à l’heure. Les escaliers. Marche ! Deuxième marche ! Troisième marche ! Ne te casse pas la figure, ne te casse pas la figure. Cours, il y aura quelqu’un dehors. Dépêche-toi.

Derrière elle, Itaëll trébucha et jura. Dépêche-toi, dépêche-toi, tu peux le faire ! Mais l’obscurité régnait dans ce passage, les mousses n’existaient pas encore et, si Itaëll connaissait parfaitement le tracé et les virages que suivait le chemin, Aiwë, elle, ne les connaissait pas et failli rentrer dans une paroi plusieurs fois. Dépêche-toi, il te rattrape !

Lorsqu’elle vit apparaître la lueur du jour après un détour, la jeune fille se sentit soulagée. Curieusement, elle pensait qu’une fois dehors, tout irait mieux. Mais une main la retint violemment et la fit se retourner.

Aiwë n’eut que le temps de voir deux yeux mauves scintiller dans l’obscurité et une main se poser sur son front avant de sombrer à nouveau dans l’inconscience.

 

 

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